• Interstellar

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    INTERSTELLAR

    Farce tragi-cosmique

    Interstellar

     Une lutte acharnée contre le temps sidéral…

     

    Christopher Nolan nous a prouvé tout son talent d’alchimiste du triturage intelligent de neurones avec Memento & Inception, ses deux joyaux aux facettes étincelantes. En s’attaquant à la SF – au sens de speculative fiction – Nolan ne pouvait que réaliser un autre bijou, tant la seule littérature dickienne regorge de matière noire à profusion. Las ! Avec Interstellar, on est bien loin d’un Ubik (il serait temps qu’un « autre » Nolan s’y attaque !) ou du désormais culte Blade Runner

    Le scénario
    Contrairement à ce que certain critique a dit, on est bien loin de l’univers tordu de Philip K. Dick, mais plus proche d’une nouvelle de Van Vogt des années cinquante, où le héros apprend du futur… comment aller dans le futur & changer le présent. Certes, si classique que soit une idée, elle peut toujours faire un bon film. Mais contrairement à Memento & Inception, où Nolan déstructurait la continuité narrative avec brio, il se contente ici d’appliquer son concept de temps relatif en distordant le modèle scénaristique hollywoodien de Vogler (les douze étapes du héros) : un prologue d’une heure (avant que Cooper / McConaughey ne quitte la Terre) gavé de digressions sans intérêt (la longue séquence du drone) & au contraire un acte trois bâclé par une surenchère d’ellipses dont la dernière décroche le pompon : Cooper s’extirpe du trou noir « comme ça ». Procédé plutôt frustrant s’il était voulu par Nolan (pour coller à son propos : la forme illustrant le fond), navrant s’il lui eût fallu boucler rapido presto une intrigue s’étirant inutilement sur près de trois heures…

    Les invraisemblances
    Sur le papier déjà, l’histoire, alors même qu’elle revendique le réalisme, comporte d’innombrables invraisemblances, comme si la licence que s’accordent les auteurs de blockbusters était devenue une règle & non une exception : une station spatiale secrète en plein milieu d’un champ de maïs & d’où partent des fusées sans que personne à l’entour ne voie rien – assure le mentor joué par Michaël McCaine… mais un scooter façon Star Wars qui suffit à Cooper pour s’extirper d’une planète à forte gravité ; un trou noir qui détruit ledit scooter mais pas sa combinaison spatiale (il aurait pu terminer à poil ?) ; des explorateurs humains perdus dans l’espace alors que des machines auraient pu défricher le terrain ; des écrans datant de l’ORTF… Quant au robot qui accompagne l’équipe, Nolan en a fait une sorte de Magic Cube aussi grotesque qu’énorme qui arrive malgré son gabarit d’armoire à glace à se déplacer comme un chat dans l’intérieur exigu de la cabine spatiale, tout en débitant un humour au pourcentage désolant…

    Mais l’invraisemblance la plus lourde à digérer, d’autant plus qu’elle est le moteur de l’intrigue, c’est que l’amour est non seulement la cinquième dimension mais aussi l’énergie la plus puissante de l’univers ! Et surtout pas un produit de la sociabilité humaine. Désolé de vous dévoiler le truc, mais tout de même, quoi… Surtout quand on constate in fine, que l’amour que ressent le héros Cooper ne concerne QUE sa fille – il ne s’enquiert même pas de ce qu’est devenu son fils à son retour sur terre (il a dû mourir dans son coin pendant que Cooper sauvait le monde en pensant à sa fifille…) ! Si ça c’est pas une ellipse sidérante, sachant que l’amour est censé être LA clé de voûte de l’intrigue – et de l’Univers ! – Tout de même, quoi…

    La réalisation
    A propos de l’affection que nourrit papa Cooper pour son Einstein de fille, Nolan nous tartine ses sentiments à coup de longs & larmoyants gros plans rehaussés d’un bavardage sur l’amour aussi inepte qu’indigeste, quand une expression bien cadrée en dit tellement plus sur un écran de cinéma… C’est valable pour les explications scientifico-fumeuses dont nous gavent les protagonistes avant d’aller se coucher pour passer le temps, seul moyen d’action efficace de cette aventure à dormir debout. Mais comme on est dans l’espace, on se dit qu’on va au moins en prendre plein les mirettes, côté paysages galactiques. En effet, on a droit au noir sans fond de l’Univers, aux montagnes sans fin de telle planète, aux océans sans fin de telle autre & au tunnel sans fin du trou noir. Seule la cinquième dimension avec sa structure à la Escher apporte un peu de magie. Pour le reste, les personnages vous invitent à admirer leurs graphiques explicatifs. Personnages bavards, je vous rappelle… On comprend mieux pourquoi Nolan s’est refusé à tourner en 3D : elle n’aurait rien apporté de significatif à la réalisation, contrairement à Gravity, qui en comparaison & malgré son scénario de feuille à cigarettes, surpasse Interstellar pour sa maîtrise technique, son rythme & la sensation d’effroi que suscite son cosmos aux abords de notre planète, bien plus terrifiant que celui du fin fond de l’espace interstellaire de Nolan (trou noir compris !)

    Conclusion
    Nolan nous invite à revoir son film pour en comprendre les méandres (en bouchant de nous-mêmes les trous de ver occasionnés par ses ellipses narratives). Un aveu en forme de bouée de secours gonflé au culot marketing, seule valeur qui fasse sens dans cette mise en scène tragi-cosmique.

     

    A lundi prochain !

     

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