• L'universelle areigne

    Louis XI, l’universelle areigne

    « Quid nescit dissimulare, nescit regnare ».

     

    Pour comprendre Louis XI, il ne faut pas oublier qu’il est le fils de Charles VII, le seul roi de France qui conduisit son pays de la ruine, sinon de la désintégration, à des sommets jamais atteints de prospérité économique, de puissance militaire et de prestige dans le monde entier. Dans les années 1455-61, Charles VII est considéré bien au-delà de l’Europe comme le plus puissant monarque du monde, l’indiscutable vainqueur des Anglais, et avec ça, le créateur de l’armée moderne, l’initiateur d’une forme archaïque d’économie de marché internationale (grâce à Jacques Cœur), le grand « mateur » de la noblesse et le premier à remettre de l’ordre dans l’église de France en muselant la papauté. Même le plus redoutable souverain du XVe siècle, le sultan Mhemet II, conquérant de Constantinople, n’avait qu’une référence : Charles VII, qu’il admirait en tout.

    L'universelle areigneSi l’on compare le double règne Charles VIILouis XI, à n’importe quelle autre période de l’Histoire occidentale, on s’aperçoit qu’il n’a qu’un concurrent sérieux, une seule période qui fut aussi féconde, celle du trio royal Charles Martel – Pépin le Bref – Charlemagne. Sous Charles VII & Louis XI, sont nés structurellement les futurs états d’Europe. Ce fut le temps des évolutions les plus définitives de l’Histoire occidentale...

    Parallèlement, avec Charles VII & Louis XI, on se retrouve devant deux énigmes colossales. Autant les trois grands rois carolingiens avaient tout ce qu’on peut imaginer des géants de l’Histoire, autant les deux Valois avaient tout ce qu’on peut subodorer chez une paire de fameux névropathes !

    Et d’abord leur laideur physique incroyable, leurs troubles jeux et leur apparente inconséquence. Chez Louis XI, on peut ajouter la cruauté, la perfidie, la violence la plus imprévisible, l’esprit revanchard, une obstination maladive et un complexe d’infériorité tel qu’il exécrait de toute son âme, non seulement la noblesse, mais aussi la grande bourgeoisie qui y ressemblait beaucoup. Louis XI aimait soi-disant le peuple, mais en réalité il détestait les riches, l’ordre établi par un autre que lui ; et l’homme qu’il abhorrait au plus haut point était son père. (...) En fait, Louis XI n’a aimé qu’une personne de toute sa vie : sa mère, un parfait laideron inoffensif. C’est ce qui l’a conduit à haïr au plus haut point son père qui la délaissait. (...)

    En vérité, Charles VII & Louis XI, en dehors de leur disgrâce physique, n’avaient qu’un point commun : leur intelligence.

     

    Gilles Claudot (1956 – 2008),

    écrivain messin.

     

    NDLR : si vous trouvez des ressemblances avec un ancien chef de l’état français, il ne peut s’agir que d’une pure coïncidence à mettre sur le dos d’un de ces hasards les plus fortuits...